Pub pour Maputo

7 avril 2012

Vous savez que j’aime les listes et les classements. Maputo fait désormais partie de mon top 3 arbitraire des capitales africaines (dont je n’ai pas vu le tiers – que ça ne m’empêche pas d’établir un top 3 arbitraire). Il y a tout ce que j’aime : un cadre naturel paradisiaque (l’océan, les palmiers, la brise – ou pour être honnête un souffle d’air moite), une architecture variée et une vie nocturne mélangée et joyeuse. Si vos amis, à qui vous ne manquerez pas de dire à l’occasion « il paraît que Maputo c’est vachement bien », vous répondent l’air interloqué que « c’est surtout dégueulasse, oui », ils n’auront pas tort. Mais les monceaux de détritus qui pourrissent au soleil, je les aime autant que le reste.

 

L’histoire à travers les rues de Maputo.

Le Mozambique, ancienne colonie portugaise, est devenu indépendant en 1975 suite à la chute de la dictature militaire de Salazar au Portugal – comme d’ailleurs les quelques autres colonies portugaises en Afrique1, qui sont, petite révision, l’Angola, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, Sao Tome et Principe. 1975, c’est bien plus tard que les autres pays d’Afrique, et cela se voit dans les rues de la ville, qui regorgent de jolies maisons méridionales à peine patinées par le temps avec un jardinet, des balcons et des toits en tuiles rouges. C’est un régal de se balader dans les rues de la Baixa, où les trottoirs sont plantés d’acacias tous les 3 mètres. Rappelons-le, une capitale africaine qui permet l’emploi du terme « se balader » est un bijou précieux. Au détour d’une rue on tombe sur une gare typique du 19ème siècle construite par notre compatriote Gustave Eiffel, ou sur un musée qu’il est agréable et intéressant de visiter (contrairement au musée lambda africain vide et/ou étouffant et/ou fermé), exposant les œuvres à la fois novatrices et proprement mozambicaines d’artistes contemporains locaux.

 

Dans le reste de la ville, beaucoup d’immeubles construits en coopérative par des familles portugaises modestes dans les années 1960 et 1970. Un appartement avec un intérieur seventies et sa dose de formica, ça aussi c’est assez unique sur le continent. L’orientation franchement communiste de la République du Mozambique post-indépendance saute aux yeux dans les quartiers alentours, composés de larges et hauts monolithes dans le plus pur non-style soviétique, les murs blanchis par le soleil en plus. Méprisant le politiquement correct mondial, les autorités ont communistement donné aux boulevards les noms de leurs camarades préférés : l’Avenida Mao Tse-tung, parallèle à l’Avenida Ho Chi Minh, croise l’Avenida Kim Il-Sun.

La guerre civile qu’a connu le pays pendant plus de 15 ans se manifeste discrètement au détour des places, non par des ruines ou des impacts de balle, mais par la présence multiforme du héros national, Samora Machel, et de monuments commémoratifs non équivoques.

 

 

Aperçu économique à ne pas prendre pour argent comptant parce que je suis nulle en éco

Alors tout ça est bien joli (si, c’était la partie jolie, avec Kim Il-Sun), mais ce n’est pas la vraie ville. La vraie ville, là où presque tous les habitants de Maputo vivent, ce sont des bidonvilles à plusieurs kilomètres du centre par une route parcourues de minibus qui transportent les habitants vers leur emploi matin et soir. Non je ne m’y suis pas rendue, préférant user de mon temps libre pour m’empiffrer dans les pastelaria chic du centre. Mais cette séparation semble assez bien refléter les caractéristiques du « décollage » économique mozambicain. D’aucuns veulent en faire un modèle africain, qui s’effrite à vrai dire dès qu’on gratte un peu. Au niveau des chiffres, l’économie est tirée vers le haut par de grands projets d’infrastructures ou d’énergie qui fonctionnent bien, mais bénéficient peu à la population locale qui continue de ramer. Le centre ville de Maputo est chouette mais pas grand monde y habite. Des gisements de gaz faramineux ont été découverts au Nord du pays, qui continue d’être la zone la plus pauvre du pays. Vous avez compris l’idée du tableau contrasté. Mais contrasté c’est mieux que tout gris et j’ai bon espoir que le Mozambique cartonne un de ces jours.

 

Le spécial bus du jour

Je ne pouvais pas achever cet article sans clin d’œil à mon moyen de transport préféré, qui contribue de manière non négligeable à catapulter Maputo dans le top 3 arbitraire mentionné ci-dessus. Maputo a bien sûr son lot de minibus dont on se demande si la forme un peu arrondie ne vient pas du fait qu’ils ont été déformés de l’intérieur par les gens pressés contre les parois. Mais Maputo a bien mieux, une forme unique de transport en commun urbain, le pick-up. Visualisez un pick-up : une petite cabine pour le conducteur et une plateforme entourée de parois basses (la bassesse des parois a son importance, on tombe facilement à la renverse). Les passagers s’installent donc à l’arrière, cheveux au vent. Oui mais les passagers sont nombreux, debout, et où peuvent-ils se tenir ? Nulle part ! C’est là que c’est génial, seuls ceux à proximité de la cabine s’accrochent au toit et les suivants se tiennent les uns aux autres en une grosse masse rigolarde qui oscille dangereusement à chaque virage. En terme de communion avec son prochain y a pas mieux. J’ai adoré le pick-up en commun de Maputo.

 

1Le Portugal possédait également des colonies ou des comptoirs en Asie, dont le Timor oriental, Goa et quelques autres en Inde, Macao en Chine

Tout d’abord il faut savoir que les Sud-Africains aiment à énoncer des vérités universellement vérifiées (et très intéressantes) telles que « this is the biggest Scientology Church in the world ». Vraiment ? Ou « South Africa is the only country where you can actually drink and drive ». Sans doute oui. Ou encore, « we have the world’s longest cable train above 1000 meters » (bon celle là est encore moins universellement vérifiée que les autres je viens de la pondre, mais vous avez compris l’idée). Et ce n’est pas leur seul point commun avec les Ricains que de vouloir être les meilleurs, mais je vais y revenir.

Donc, rendons-leur cet hommage, leur pays pourrait fort bien passer pour le Best Country in the World. Sérieusement, il y a de quoi être conquis, ils ont tout. Ils ont tout ce que l’Europe a de bon et tout ce que l’Afrique a de bon : du fromage, des mangues et des ananas, du pinard, des fruits de mer, des fraises et des cerises, des confitures de grand-mère, du grand soleil, des plages sublimes, des vieux bâtiments, des bébés éléphants, des baleines et des pingouins, toutes les musiques, des clubs, des musées, de la nature sauvage, tout ça tout ça. Un petit paradis sur terre en somme.

S’il n’était peuplé de Sud-Africains.

Ceci vous paraît être une énorme généralité débile ? Vous avez bien raison. Ce n’est ni la plus énorme ni la plus débile entendue au cours du voyage. Abordons donc la question du racisme en Afrique du Sud. Avec cette limite que je me dois de préciser : j’ai fréquenté exclusivement des Blancs, donc c’est surtout d’eux que je vais parler. La fermières de la quarantaine ouvertement raciste et hostile, le Sud-Africain lambda semi-raciste qui se définit plutôt comme « réaliste » et les jeunes gentils ouverts qui sortent quand même des aberrations de temps en temps. Le Karoo, zone semi-désertique et limitrophement viticole, semble être un bastion de la première catégorie ; à Johannesburg la cosmopolite on flotte dans une indifférence cordiale et un peu effarée ; au Cap la cohabitation amicale semble bien partie. Je ne sais pas ce que ça donne pour les Noirs et les Asiatiques et les divers groupes ethniques mais dans l’ensemble ça fleure pas trop la fraternité universelle. (Au demeurant personne n’aime les Asiatiques et ils n’aiment personne.) Autre point commun avec les Etats-Unis donc : le côté ultra-communautaire dans un pays qui a accueilli des vagues et des vagues d’immigrants de tous horizons. Les Portugais avec les Portugais, les Congolais avec les Congolais, les Boers avec les Boers. Bien sûr si vous posez la question on va vous répondre que non mais j’ai des amis noirs et des amis ci et ça, mais dans l’ensemble si vous êtes avec un Afrikaner vous allez rencontrer principalement des Afrikaners et si vous êtes avec une Serbe vous allez rencontrer principalement des Serbes. Ce qui était mon cas pour mon plus grand bonheur parce que mes amis serbes, à part qu’ils ont le nationalisme sensible et qu’il ne faut pas leur parler de Musulmans, sont des gens extrêmement accueillants et absolument adorables.

Donc, la fin de l’apartheid dans les textes c’est très beau. Vraiment, ça l’est, leur Constitution et les jugements rendus par la Cour Constitutionnelle depuis 1994 sont d’un progressisme et d’une tolérance rares, souvent bien plus que nos vieilles législations européennes. Mais dans les faits ça va prendre du temps, et c’est même pas sûr que ce soit vraiment bien parti, étant donné que les lieux où la cohabitation entre communautés est la plus géographiquement proche sont généralement les lieux avec le plus d’insécurité (ex : Johannesburg). A partir de là il n’y a qu’un pas que certains ne se privent pas de franchir pour dire que « c’était mieux avant ». Sauf que la nostalgie devient un sentiment fort controversé quand son « avant » c’était l’apartheid.

Bon mais qui suis-je pour en juger n’est-ce pas. J’y ai passé un petit mois et je ne sais pas ce que c’est que d’y vivre, ni d’un côté ni de l’autre. Et ce n’est pas le « Soweto Tour » qui va m’en donner un aperçu.

 

Par contre pour en revenir aux Ricains, c’est fou tous les points communs. Ce dont les Sud-Af ne s’aperçoivent pas du tout, répétant « Aaah, this is Africa » d’un air résigné (souvent) ou enthousiaste (parfois). Alors qu’en fait c’est grave les Etats-Unis de partout. Des routes immenses et des grosses voitures (ah oui j’avais oublié de vous faire savoir qu’à Joburg se trouve l’échangeur d’autoroute le plus fréquenté au monde), les avenues bordées de palmiers et les lotissements avec piscine type Floride, le downtown de Joburg complètement délabré et habité uniquement par la communauté noire avec un taux de criminalité pas possible au pied des gratte-ciels, l’éclectisme de San Francisco à Cape Town et les vignobles et la côte superbe de la Californie, les chaînes de fast-food, les fermes du Deep South avec le traditionnel windmill. Et les pionniers et la folie des grandeurs et les gens tellement gentils et les filles sur leur 31 et l’autorisation d’avoir une arme à feu et un Président surprenant.

 

Bref l’Afrique du Sud est un mélange détonnant, intellectuellement et gastronomiquement stimulant, visuellement splendide et complètement unique. Et je suis parfaitement saine et sauve !